La bataille de Magenta -1-
Premier article de ce blog.
Commençons en douceur par un compte-rendu d'une partie de kriegspiel sur carte avec des pions. Il s'agit ici, comme le titre l'indique, de la bataille de Magenta, qui se déroula le 4 juin 1859. Un article historique suivra.
Le jeu choisi est celui fourni dans le numéro 73 de la revue Vae Victis, très belle revue traitant de ce loisir.

Le jeu en question est de taille modeste, ce qui est parfait pour une découverte, car il permet de jouer la bataille en 2-3 heures. Dans le cours de la partie, je tenterai de mettre quelques éléments du système de jeu en évidence.
Déploiement initial et plan français:
Lé déploiement français est simple, de part et d'autre du Tessin. Napoléon III avec la garde, sous les ordres de Saint-Jean d'Angély, est en ordre de marche, sur le pont enjambant la rivière. Le IIe corps de Mac-Mahon, renforcé par des éléments de la garde, est au nord. Toutefois, il est hors de portée de commandement de l'empereur, ce qui risque de rendre son activation plus difficile.
Les Autrichiens, de leur côté, sont déployés, avec leurs maigres effectifs, en potence entre Magenta et le canal. Avantage de taille, le canal ne peut être franchi que par les ponts, ce qui constitue des points de défense très intéressants.
Plans de bataille respectifs:
Pour le joueur français, rien n'est plus simple: il s'agit de prendre Magenta et de démoraliser l'armée autrichienne (conditions de victoire). Pour cela, la garde impériale sera chargée de percer à Boffalora, afin d'établir le contact avec Mac-Mahon. Pendant ce temps, ce dernier, si il daigne se bouger, devra avancer vers Magenta, et faire pression sur les Autrichiens grâce à sa puissance.
Le joueur autrichien est en délicate posture: pris de deux côtés, et en infériorité numérique. J'ai donc choisi la posture défensive en attendant l'arrivée des corps de renforts, par le Sud. Le 1er corps, commandé par Clam Gallas, et qui ne dispose que de 2 brigades, devra se disposer en surveillance des ponts de Ponte Nuevo et Ponte Vecchio di Magenta. Le Corps de Liechtenstein, un peu plus nombreux, aura la lourde tâche de surveiller la ligne Boffalora-Magenta, en espérant que le français ne sera pas trop agressif.
Tour 1: 10h00-11h00
Un tour commence par la détermination de l'initiative. Celui qui la possède peut faire agir (activer) une formation. Les autres sont activées aléatoirement, en piochant leur marqueur d'activation (MA). L'initiative est obtenue en jetant un dé 6 ajouté à un éventuel bonus d'initiative. Ici, Napoléon III est avantagé, car il dispose d'un bonus de +2; Gyulaï n'a que +0... Les dés sont jetés; résultat: l'Autrichien pourra agir en premier pour ce tour, et il en aura besoin. Il choisit d'activer le 1er corps autrichien, pour le mettre en position, en attente derrière les ponts. En effet, une attaque à travers un pont donne une pénalité au combat, ce qui permet donc de compenser l'infériorité numérique initiale.
Puis les activations se font de manière aléatoire. Et le premier MA tiré est celui de Liechtenstein! Chance, car l'Autrichien va pouvoir compléter son dispositif, et dresse l'ébauche d'un ligne de défense, tournée vers le nord.
Puis vient le tour de Mac-Mahon. Il est hors de portée de commandement. Il doit donc tester son inertie, pour savoir si il pourra bouger. Pour cela, il faut ajouter son bonus d'inertie au résultat d'un d6. De plus, Mac-Mahon dispose d'une règle spéciale pour ce scénario. En effet, historiquement, il a particulièrement laissé traîner son avance, car il voulait attendre l'arrivée des renforts de la division sarde Fanti. Ainsi, il dispose d'un malus de -1 à l'activation. Résultat logique, il le rate; ses troupes avanceront à vitesse très réduite (moitié du potentiel de mouvement).
Exemple:une unité d'infanterie dispose de 4 points de mouvements (PM). Si elle est non-commandée, elle n'en dispose plus que de 2. Hors le terrain est peu propice au mouvement. En effet, sur la carte, nous voyons que celle-ci est parsemée de cultures, qui coûtent 2 PM; le seul moyen d'avancer est de passer par la route, qui ne coûte qu'1 PM. Bref, c'est une bonne nouvelle pour l'Autrichien.
Le tour se termine par l'activation de St- Jean d'Angély, qui fonce vers Boffalora, et lance les premiers assauts avec la brigade Cler. Les Autrichiens se défendent courageusement, faisant tester l'unité française, qui réussit son test et part à l'attaque. Celle-ci n'est pas assez violente pour émouvoir les Autrichiens.
La situation à la fin du tour 1:

Tour 2: 11h00-12h00
Cette fois-ci, l'initiative est française. Je décide de faire agir Mac-Mahon en premier, on ne sait jamais. Il passe son test d'inertie (4+3-1=6)!! Le IIe corps peut donc entièrement avancer, et à plein potentiel. Les brigades se déplacent le long des routes pour se déployer rapidement. Inconvénient: ces déplacements fragmentent le corps de Mac-Mahon: une partie vers Boffalora, et l'autre en direction de Magenta.
Puis c'est le corps de Liechtenstein qui est activé. Face à la masse de Français qui convergent vers Magenta, il est décidé d'opérer un regroupement un peu plus vers l'est. La brigade Baltin est laissée en arrière pour défendre Boffalora, et ainsi bloquer l'avancée de la Garde.
Justement, elle ne reste pas inactive et la brigade Wimpfen vient renforcer l'assaut de la brigade Cler. Ici, nous avons un point de sytème très intéressant, et dans ce cas-ci essentiel, l'assaut coordonné: c'est la possibilité de faire attaquer ensemble plusieurs unités, qui additionnent ainsi leur facteurs de combat (Cler=7 et Wimpfen=6), et cela permet ainsi d'avoir un résultat plus satisfaisant. Pour avoir le droit de faire un tel assaut, il faut que le chef de la formation ici St-Jean d'Angély, soit empilé avec une unité qui va particper à l'assaut, ce qui est le cas. Ensuite, il faut faire un test: un d6+ bonus de commandement >6; le test est réussi. L'Autrichien ne fait aucun résultat en défense, tandis que la garde est... très efficace: facteur 13, mais divisé par 2 car le défenseur est en ville. Qu'à cela ne tienne! le résultat est sans appel! La brigade Baltin est désorganisée et a pris un pas de perte (elle en possède 2). En bref, ses heures sont comptées. Au moins elle aura tenu son rôle: ralentir la Garde pendant 2 tours...
Le 1er corps autrichien se redéploie pour constituer l'aile gauche du dispositif, ancré sur le canal.
Situation fin tour 2

