28 août 2007
Jacques Martin récidive
De retour de vacances et de cartons, le bistrot est de nouveau ouvert.
Aujourd'hui, le patron vous propose une petite nouveauté, signée Jacques Martin et Pierre Legein:
Waterloo - Le Costume, aux éditions Casterman
Après Rome et la Grèce, Jacques Martin nous envoie sur la morne plaine.
Passons tout de suite aux choses sérieuses. Il ne s'agit nullement de raconter la bataille, mais de décrire les costumes/ uniformes de nos ancêtres, en ce jour maudit de 1815. Le dessin est conforme aux productions de Jacques Martin; on aime ou pas, mais en tout cas, c'est soigné.
La mise en page est simple: 2 pages, avec 2 illustrations sur chacune, puis les 2 pages suivantes décrivent rapidement les uniformes évoqués.
Au final, on obtient un résultat proche des productions Funcken, et toutes les armes ont leur traitement: on a ainsi 4 pages sur les hussards, autant sur les chevaux-légers, et l'infanterie y est tout aussi présente, avec de nombreux dessins, montrant la réalité des équipements d'une troupe en campagne, c'est-à-dire qu'on a le triomphe de la diversité. Bref, c'est une mine d'inspiration pour tous les peintres de figos 1er empire. On trouvera également quelques anecdotes comme un général de cavalerie désarçonné aux Quatre-Bras, et qui rentra en équilibre sur les étrilles de 2 de ses cavaliers...
On pourrait regretter l'absence de tableaux des distinctives, mais ce n'est pas le but de cet ouvrage! On a les Ospreys pour ça! De toute manière, les planches sont suffisamment variées pour avoir du biscuit. il me semble bien avoir compté au moins 6 régiments de hussards représentés, par exemple, ce qui me semble largement suffisant.
Bref, même si je ne l'ai pas acheté (j'ai largement ce qu'il faut chez moi, et pis je ne peinds pas de Français d'abord), je le conseille pour ceux qui souhaitent avoir un minimum de doc uniformologique sur l'armée française en 1815; surtout pour 10,50€, voire moins dans certaines bonnes crêmeries.
Pour finir, un extrait d'une double page; vous pouvez l'agrandir en cliquant dessus. Bon appétit!
21 juin 2007
un e-zine sympa à lire
Vu LE site de référence sur le kriegspiel avec pions, à savoir Strategikon:
un petit fanzine créé par un joueur, au style franc et dynamique, qui parle de ses coups de coeur en une vingtaine de pages: jeux, livres, films (et pas seulement de guerre).
Ca se lit vite, et c'est rafraichissant. Bref, j'ai aimé, et pourvu que ça dure.
Vous trouverez la discussion ici:discussion sur errata
et le e-zine de ce côté
Bon courage pour la suite
19 juin 2007
Compte-rendu de lecture: Batailles
Hop, premier compte-rendu d'un livre d'histoire, orienté militaire:
Batailles, Scènes de guerre de la Table Ronde aux Tranchées, d'Hervé Drévillon, Seuil 2007

Voici un extrait de la 4e de couverture, très instructif: "Toutes les batailles furent une réinvention de la France, une brutale soumission des mythes à l'épreuve du feu, depuis le temps où l'âme de la guerre résidait dans la chevalerie jusqu'à la constitution d'une armée de la nation."
De ce passage très alléchant, on peut déjà en déduire que l'auteur, professeur d'histoire moderne à l'université de Poitiers, tient à analyser l'impact culturel des guerres, et plus précisément de quelques batailles, sur les mentalités françaises, et la construction de notre identité.
L'ouvrage est découpé en trois parties, chronologiques: Guerre et idéal, L'économie de la violence, Souvenirs de carnage. Si il se termine en effet sur la bataille de la Marne, il est loin de commencer par les chevaliers les plus connus; il traite tout d'abord le combat des Trente de 1351. Quel rapport me direz-vous? Imaginez l'impact de la narration d'un combat entre 2 groupes de 30 chevaliers, très proches les uns des autres, s'affrontant pour le sort du duché de Bretagne, et vous pourrez faire le rapprochement.
14 batailles sont au programme, mais si dans chaque cas une carte est fournie, ne vous attendez pas à un récit minute par minute, accompagné des effectifs présents à l'homme près; ce n'en est pas le but!
Dans le contenu, il est beaucoup plus proche du livre de Georges Duby, Le Dimanche de Bouvines (que j'adore); il y fait même directement référence dès l'introduction. Ainsi, il faut davantage voir le récit des batailles comme autant de prétextes, de points de départ à l'élaboration d'une réflexion plus large, qui traite des combattants, des mentalités et des empreintes laissées par ces affrontements dans la culture de l'époque. Le rapprochement avec Duby est ici on ne peut plus clair. On pourrait même évoquer l'ouvrage de Colette Beaune, Naissance de la nation France, pour le moyen-âge.
Le choix des batailles étudiées est assez intéressant; on nous épargne ainsi Jeanne d'Arc et la trop traditionnelle Austerlitz au profit de la bataille des Saintes en 1782, ou bien Maëstricht en 1673. Surles 14 récits, 5 sont des défaites avérées, pour 9 victoires, mais loin d'être toutes très décisives (Eylau, Solférino) d'un point de vue strictement tactique cela s'entend. L'ensemble est donc plutot bien équilibré, et, au détour des pages, on est agréablement surpris par les interprétations assez savoureuses. Ainsi Malplaquet fut une véritable dfaite de l'armée française en 1709, mais qui fut finalement assez bien accueillie, car ce n'était pas une catastrophe...
Le style est très agréable, fluide, dynamique, avec des récits courts, ce qui empêche la lassitude de s'installer. Bref, dans l'ensemble un bon ouvrage, surtout pour tous ceux qui sont peu au fait de notre très riche patrimoine militaire et culturel (qu'il ne faut pas renier). Pour ceux, plus rares, qui sont des spécialistes, ou qui sont de ceux qui grognent quand on oublie une commémoration, cet ouvrage pourra s'avérer frustrant, car la longueur consacrée à chaque bataille pourra leur paraître trop succincte. Toutefois, pour 22E, je vous garantis un bon moment de lecture et de culture.



